couv-arcanMoi, Arcan
Editions Théâtrales Jeunesse - 2015
Prix Collidram 2016
 Les murs sont fins dans la chambre d’Arcan, un adolescent métis. Il colle son oreille à la cloison, écoute et entend tout. Les mots de sa mère, de son frère et des voisins tournent dans sa tête : carabine, coup de feu, black. Assis en face de l’homme qui veut savoir, subissant et entretenant une violence ordinaire, Arcan raconte le vide laissé par son père, sa rencontre avec Aïcha, sa fascination pour sa peau noire, la haine contre le voisin et la peur.
À travers le regard d’un adolescent, Henri Bornstein dépeint la vie dans une cité où tout le monde se regarde et s’écoute, et où chacun développe sa colère envers l’autre et contre la vie. C’est par les tags et l’amour qu’Arcan va trouver le chemin de son identité et de sa liberté.

DIRE JE
Moi, Arcan clôt la trilogie que j’ai entreprise en 2009 avec Mersa Alam puis Frère et sœur.
Mon intention était d’observer des adolescents plongés dans une situation de rupture. Inscrits dans un contexte familial et social, ces moments provoquent le trouble et induisent souvent un dépassement de soi. C’est ce dépassement qui m’intéresse.
J’ai écrit ce texte peu de temps après avoir créé Faire tomber les murs avec une troupe d’acteurs amateurs. Ce fut une expérience d’écriture singulière et intense, au Mirail, à Toulouse, dans un quartier qui s’appelle Bagatelle.

Le nom du spectacle fut ensuite donné au projet global mené dans le Grand Mirail toulousain. Cette aventure a été vécue par toute l’équipe comme une longue résidence d’écriture et de création entre 2009 et 2013. Ce fut à la fois la découverte d’un monde et un ébranlement, par l’intensité du choc que nous vivions. Ce fut déterminant pour écrire Moi, Arcan et inventer son personnage principal, le métis blanc, tombé brusquement amoureux d’une jeune fille noire.
Après la création de Faire tomber les murs, j’ai réalisé à quel point ce qui avait été partagé avec des amateurs de théâtre puis écrit dans la pièce avait profondément modifié ma perception de ce que vivent les habitants des quartiers dits «sensibles», que je préfère appeler quartiers populaires, avec les barres d’immeubles, la précarité, le bruit et la violence quotidiens, la peur, celle que ressent une quantité non négligeable d’habitants de grandes villes françaises. Ce sont eux qui m’ont donné l’envie d’écrire sur un jeune révolté, et de raconter, pour d’autres jeunes qui le sont peut-être moins, ou différemment, cette histoire que l’on peut imaginer quelque part, dans un endroit où les gens connaissent la stigmatisation.
Tout au long de l’écriture du texte, je me suis demandé : «Qu’est-ce que je ferais, qu’est-ce qui se passerait en moi, si je vivais la violence, chaque jour, dans le quartier où j’habite ?». Je sais qu’Arcan se pose cette question. Jour après jour, il y répond par la peinture: la couleur de ses tags sur son mur – son mode d’expression privilégié –, puis la couleur noire dont il recouvre sa peau blanche. Pour finir, il y répondra en questionnant ses origines métisses, en affirmant maladroitement que la couleur de son identité est celle de son sang noir, ce qui n’est pas vrai ! Et ces réponses seront à la hauteur de la violence de son questionnement : suis-je blanc, suis-je noir ?
Si l’expérience de Faire tomber les murs m’a appris la nécessité de l’échange et la force de la confiance, Moi, Arcan me dit que seul l’amour peut faire tomber les murs du racisme et de la haine de l’autre. Si dire «je» pour un adolescent me semble comparable à une forme de combat contre des murs invisibles qui le séparent de l’âge adulte, dire «je» pour un adolescent des quartiers me semble être un combat plus difficile encore. Et c’est au gré des rencontres que cette bataille se mène. C’est certainement grâce à la force du choc de l’aventure amoureuse – c’est la plus aventureuse qu’un jeune garçon puisse vivre – qu’Arcan peut réussir à exprimer différemment sa révolte et affirmer sa personnalité.
Dans le titre Moi, Arcan il y a peut-être aussi cette question: «Qui est celui que je regarde quand je regarde ce que j’écris ? Est-ce moi ? ».
Si dans chaque projet d’écriture l’enjeu est de nous faire mieux regarder ce que nous sommes, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui m’ont fait découvrir et comprendre ce qu’est aujourd’hui la vie des quartiers populaires, car ce sont bien leurs habitants qui m’ont permis d’écrire ce texte.

Henri Bornstein